LUCIE BAYENS

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marÉe basse

 

Marée basse

Matériaux divers, 2019.

Vue de l'exposition Lisières, invisibles fragments de paysage, 2019.

Vortex imparfait

Matériaux divers, 2019.

Vue de l'exposition Lisières, invisibles fragments de paysage, 2019.

 

 

 

Lisières, invisibles fragments de paysages
Lucie Bayens, Laurent Cerciat, Löetitia Léo, Patrick Polidano
Exposition du 12 mars au 20 avril 2019, Pôle culturel et sportif du Bois fleuri à Lormont

Au moment où l'activité humaine bouleverse l'environnement et le climat comme jamais auparavant, ce que l'on nomme notre « rapport à la nature » ne cesse de nous interroger. Si l'on remplace dans cette formule toute faite « la nature » par « le vivant », il est alors difficile d'en exclure l'humain, ou de l'y opposer. De la même manière, le terme « environnement » sépare l'homme de « ce qui l'environne ». Et si l'on parlait plutôt de « milieux », naturels, ruraux ou urbains ? Les lisières sont des espaces de transition entre ces différents milieux, habituellement déconsidérés et souvent « hors-champ », intervalles où la vie peut encore s'épanouir dans sa diversité, en marge des normes et des réglementations.
Les artistes réunis pour cette exposition aiment s'aventurer dans ces lisières, les traverser, observer, prélever, jusqu'à en donner des représentations qui sont autant de cheminements, de visions personnelles du paysage contemporain, appréhendé non pas dans sa globalité, mais par des fragments, des transformations, des déploiements imaginaires.

Lucie Bayens donne corps, avec des filets d'emballage tressés, au lit de la Garonne, d'un point en amont à son estuaire, en un long serpent rouge suspendu. Ici la lisière retrouve son origine textile de bordure d'un tissage. Plus loin, un ragondin, animal souvent présenté comme nuisible car ses activités entrent en concurrence avec les nôtres, nous pose la question de la cohabitation avec les autres espèces. Réalisé en écailles de pommes de pin, cultivé ici en monoculture, il participe de fait d'un déséquilibre naturel. Du territoire, on passe à la carte que l’artiste tisse sur une trame de coton, cheveu par cheveu aux couleurs de l’irisation des nappes huileuses à la surface de l’eau. C’est aussi au bord de l’eau et dans la rue qu’elle glane de petits objets, qu’elle emprisonne entre deux capsules de bière : Marée basse est une installation de « mollusques » de l’anthropocène.

Laurent Cerciat s'intéresse aux plantes sauvages, ces Adventices mal-aimées, qui sont, notamment en milieu urbain, des fragments importants de la biodiversité. C'est pour lui une façon d'appréhender le paysage par le détail botanique : la présence de ces « mauvaises herbes » rencontrées çà et là dans les anfractuosités du bâti ou parmi des plantations. Cette fois, l'idée est de tenter de les reproduire par la sculpture, en thermoplastique et pigments naturels quand il s'agit de jouer de réalisme pour les mettre en scène dans des espaces extérieurs, ou en simple papier blanc sous la forme d'une Micro-friche, écosystème réduit mais précieux, pour en affirmer la fragile représentation. Ailleurs un ensemble de « pierres-paysages », collectées lors de déambulations dans l'Entre-deux Mers, petits mondes flottant dans l'espace d'exposition, portent des arbres miniatures fabriqués à partir de racines d'adventices, et des Rêveurs solitaires, contemplatifs.

Löetitia Léo arpente elle aussi cet « envers » du territoire. Ici une grande friche, voisine du Bois fleuri, les anciennes carrières de Lormont. Par le moyen de la photographie argentique, elle réalise au fil du temps et de ses pérégrinations des surimpressions en prises de vue directes en rembobinant la pellicule. Ce procédé est intimement lié à la chimie d'une « surface mnésique » et sensible qui favorise la perméabilité de différents espaces-temps tout en laissant la part belle à l'imprévisibilité. Les points de vue vacillent et interrogent nos représentations de l'existant. Ces paysages intermédiaires et mouvants, témoignent avec poésie de ces zones de déprise favorables au retour d'une nature spontanée promises à disparaître à la faveur de projets d'aménagements. Sur les hauteurs de Lormont, le vieux castel du Bois fleuri fait écho aux « jardins » éphémères émergeant de ces terrains vagues.

Patrick Polidano focalise son attention sur divers milieux aquatiques tels que les sources, les marais ou les bords côtiers. C’est au cours d'explorations pédestres qu’il photographie ces espaces désertés, parfois hostiles et pourtant riches de la diversité du vivant. L’image devient alors iris/monde par le biais d'un objectif « fish eye » et la capture du reflet dans l'eau révèle une vue augmentée de la réalité, où se superposent les matières végétales immergées et souvent l’ombre de l’artiste. La nature se déplie ailleurs en étang de montagne, pour offrir la vision distordue d’un environnement où reflet et paysage s'inversent. Des matériaux collectés forment eux aussi de nouveaux territoires en réduction qu’il est possible de survoler du regard. À bonne distance, entre effet d'ensemble et effet de substance, ces prélèvements de matières témoignent surtout du temps du parcours, de celui de l’observation, mais aussi du temps nécessaire pour qu'ils quittent le géologique, en entrant dans un autre champ, celui du poétique.

Jouant des échelles, des niveaux, des orientations du regard, des degrés de représentation et du trouble qu'ils induisent, ces univers artistiques se croisent, dialoguent, entrent en résonances et invitent les spectateurs à voyager dans ces lisières. Des « fissures de timidité » qui en botanique désignent l'espace de lumière ou d'échanges, que les arbres des forêts primaires laissent entre leurs feuillages. Suivons-les...

 

 

 

 

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