LUCIE BAYENS

Ncaseroamk

Ncaseroamk, Pattes de chevreuil, ruban, tulle, laine, perle en bois,104 x 7 cm, 2011. (disponible à l'artothèque de Bayonne)

 

Comme cela arrive souvent dans mon travail plastique, Ncaseroamk est née de la manipulation de la matière. Celles qui composent cette pièce étaient classées par couleur, le vert. La classification est une étape de la création. En effet, au retour d’une balade dans l’espace assimilé naturel, plus ou moins maitrisé par l’homme ; je lave, sèche et conditionne les objets de ma récolte avant de les utiliser dans les agencements de mon travail. Le touché est un sens fondamental durant le geste créatif. Il est même indiqué, ici de parler de geste écologique de création et de simulacre bien qu’il ne s’agisse pas d’un travail in situ. Anthropomorphisme du geste de la prière, un souhait, un espoir, une espérance peut-être, non sans ironie.

Le choix des matières et le simulacre induit par la position des pattes de chevreuil donnent un aspect naïf et enfantin à cette pièce qui semble trancher avec la trivialité des pattes elle-même. En apparence seulement, car l’enfant est sauvage et très vite tiraillé par des sentiments contradictoires vis-à-vis des animaux et de lui-même. Revivant, chacun son tour et inlassablement dans ses expériences et sa chair l’histoire de l’homme et de l’animal. Un ruban à la fois, ruban de gymnaste et bandage, un collier ou un chapelet autant d’objets évocateurs de l’enfance, sa gestuelle et son mode de « programmation ». Le vert est la couleur la plus rependu dans la nature. Il se peut que l’enfant qui est en moi ait voulu représenter ce qu’il entend de la nature ou le message qu’il croit ou voudrait entendre dans la multitude des mondes animaux et végétaux quand il se trouve dans la nature apprivoisée qu’il connaît.

Le titre Ncaseroamk vient du mot inscrit sur les perles enfilées au hasard, une anagramme, un bégaiement dans un devenir-animal/animot possible. « Écrire c’est témoigner de la vie, c’est témoigner pour la vie, c’est témoigner pour les bêtes qui meurent » Gilles Deleuze. Notion que l’on retrouve dans le projet Madeleine à bosse et dans mes tentatives d’écriture, bien que l’on puisse remplacer « écrire » par « créer » et que cela fasse partie de mon langage plastique.

Cette pièce est disponible à l’artothèque de Bayonne. http://www.artoteka.fr/

Contact : luciebayens@gmail.com