LUCIE BAYENS

listes

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HOMO

5 os à moelle pyrogravés, bois peint, sable marin, échelle 1, 2015.

CODE VERTEBRAL

3 vertèbres de cétacé pyrogravées, échelle 1, 2014.

Richesses

crâne d'ovidé pyroravé, 2015.

Liste d'artiste

Os pyrogravés (9 éléments) dimensions variables, 2014.

Liste d'artiste (détail),

Homoplate de chevreuil pyrogravé, échelle 1, 2014. Collection privée.

List--palm oil

Os de boeuf pyrogravé, 2014.

Liste--huile de palme

Os de boeuf pyrogravé, 2014.

Liste--eaux

Os de boeuf pyrogravé, 5.5 x 8 cm, 2013.

Liste des courses

Os de bœuf pyrogravé.

De 4 à 6 x 20 x 1 à 2 cm. 2012.


Liste est une série de listes pyrogravées sur des os. Travail commencé en 2012, toujours en cours.

1. Une vulgaire liste de course d’un occidental assez ordinaire :
œufs, fromage râpé, salade, lessive, adoucissant, papier hygiénique, dentifrice, jambon, pain, quinoa, préservatif, beurre demi sel, lait de chèvre, yaourts, coquille St Jacques.
2. Une liste d’eaux.
Je réalise une liste des eaux sur os. Une brûlure, pour éteindre le feu, bruler le nom des eaux, certaines sont inflammables.

3. Une liste, qui pourrait être une liste d’achats composée d’aliments contenant de l’huile de palme en français, en anglais Palm oil. Un inventaire sous forme de liste des courses, de produits contenant de l’huile de palme, une ressource devenue industrielle. Une huile pour cuire, brûler pour écrire, bruler pour s’éclairer. Se Souvenir des baleines du début de l’ère industrielle car nous sommes au début de l’ère numérique et de son errance identitaire.
4. Liste d’artiste : les produits dont les abjects qui deviendront les matières premières de mon travail plastique, des achats qui permettront la création (9 pièces).
5. Liste blanche : une liste d’aliments blancs. J’intègre parfois des intrus, des glissements ou des analogies.

On dit « marquer au fer rouge » pour se souvenir, se souvenir de la liste des courses.
La pyrogravure : Une technique vernaculaire, issu du loisir créatif. Pyrograver c’est bruler, brûler pour marquer, « marquer au fer rouge », se souvenir, se souvenir de la liste des choses qui manquent pour que la vie continue et que les projets avancent. Bruler l’os pour obtenir du noir animal, un noir très profond. L’odeur reste longtemps dans le nez, la bouche, le palais.
Graver par le feu. « Chaleur au front »
De la chaleur à la sueur, « à la sueur du front », la sueur du labour, la sueur de la honte, la chaleur des cales, des usines, des docks, des champs, du désert des Landes par Théophile Gautier dans son poème Le pin des Landes « Vrai Sahara français, poudré de sable blanc ». Art primitif sur bois. Tendre vers l’acculturation. Creuser la surface par réaction d'oxydoréduction. Une altération de la matière.
Cuire puis brûler à la pointe.

Inventaire work in progress Liste d’achat
La liste des courses se situe à la frontière de l’intime. Fugace intimité partagée avec la caissière du supermarché.
Le travail
L’argent
Le temps
« Le temps c’est de l’argent »
Pour le philosophe et mathématicien Bertrand Russell « le fait de croire que le TRAVAIL est une vertu est cause de grands maux dans le monde moderne, et que la voie du bonheur et de la prospérité passe par une diminution méthodique du travail. » dans son ouvrage Eloge de l’oisiveté
« Le temps c’est de l’argent » bis repetita placent
« Travaillez, travaillez, prolétaires pour agrandir la fortune sociale et vos misères individuelles, travaillez, travaillez, pour que, devenant plus pauvres, vous ayez plus de raisons de travailler et d’être misérables. Telle est la loi inexorable de la production capitaliste » Paul Lafargue dans son essai Le droit à la paresse. Des idées moribondes. Le travailleur _non pas celui qui aime son travail mais celui qui travaille pour vivre_ est remplacé progressivement par la machine ou par l’homme-machine, celui qui ne dispose d’aucune sécurité, d’aucun droit, l’exploité. Par souci de productivité et de compétitivité. Ces travaux pénibles n’ont plus à être effectués par les êtres humains. Esclavage moderne et sens de la vie. Que faire sinon travailler puisque le paradis perdu? L’été je marche et je glane. L’hiver je jouis de ma récolte.

L'os : Une matière triviale.
Ces os constituent une collection de résidus, ils sont les traces de dons de chasseurs, de troc, consommation de nourritures lors de repas partagés et de moments de convivialité. Les os du pot au feu. Les os volés aux chiens. Après un court passage sous le palais, je les allonge un temps dans le gros sel. Puis je les lave, gratte à l’aide d’un vieil Opinel et les sèche avant de les pyrograver. Est-ce l'occasion de matérialiser l'hypothèse selon laquelle le savoir et l'amour tendent à rendre poreuse la limite sensible entre l'état de vie et la disparition. Non sans ironie tant l'os est trivial, fatal même. A priori seulement, car la joie du partage et l'art d'assembler les goûts flattent l’organe précieux. Mais les nobles banquets ne flattaient que les yeux ; il était long de préparer ces denrées instables. Mais il n'est pas question ici que de rite.

La technique, le sujet et la matière, s’entrechoquent dans le but de remettre en cause un système de représentation. J’emploie l’humour et la liste, un principe poétique qui s’inscrit dans l’histoire de l’art (du moyen-age à Oulipo) comme éléments formels de l’œuvre.
Ces objets peuvent provoqués un trouble temporel temporaire.
Si ces artefacts discordants ne sont de l’art, alors ce peut être les traces de Sauvages blancs, d’Indigène gascon, celui qui ne vit jamais loin de la rive. Les gens du bord de l’eau.
J’ai en horreur le gâchis de matière tant physique que culturelle. Au début, je cherche à faire quelque chose avec de fréquents rebus, matière, couleur, moyens du bord, cela oriente mon travail, puis ma consommation. Par exemple, sur Liste d’artiste figure « courgette »: manger des courgettes vendues en filet car j’utilise le filet. Celui-ci ne sera pas incinéré avec les autres déchets, il ne viendra pas non plus grossir le « great pacific garbage patch » il sera tressé, assemblé, sublimé en devenant objet d’art, porteur de sens.
Si le sublime nous suspend entre horreur et délice dans cette faille de vie, nous aurons tout loisir de choisir notre misère. Alors pourquoi ne pas s’arranger avec le réel. Mon travail ne se situe-t-il pas à la frontière sensible, du réel et du fictionnel, de la nature et de la culture, de la vie et de la mort ?