LUCIE BAYENS

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Îles d'Europe

Cheveux, trame coton, -- x -- cm, 2016.

© B. Rakotomanga_Archives Bordeaux Métropole

LB16

Cheveux, trame coton, -- x -- cm, 2016.

© B. Rakotomanga_Archives Bordeaux Métropole

Estrampe

Cheveux, trame coton, 715 x 625 mm, 2016.

© B. Rakotomanga_Archives Bordeaux Métropole

Chenaux de bassin, détail.

Cheveux, toile Aïda, 54 x 38 cm, 2015.

De Lourdes à Bayonne, détail.

Cheveux brodés sur toile Aïda, 62 x 47,5 cm, 2015.

Gulfstream II

Cheveux brodés sur toile Aïda, 276 x 236 mm, 2015. Collection privée.

Chenaux de bassin

Cheveux, toile Aïda, 54 x 38 cm, 2015.

Chenaux de bassin, détail.

Cheveux, toile Aïda, 54 x 38 cm, 2015. Collection privée.

Eaux de Gascogne
Cheveux, toile Batiste, 52x42 cm, 2014.
Eaux de Gascogne, détail.
Cheveux, toile Batiste, 52 x 42 cm, 2014

Fading cellule

Cheveux, toile Batiste, 2014.

Danse frétillante de l’abeille
Cheveux, tissu, 24x32 cm, 2014. Collection privée.

Danse frétillante de l’abeille, détail.
Cheveux, tissu, 24 x 32 cm, 2014.

Gulf Stream

Cheveux, toile Batiste, 8 x 13 cm, 2013.


« Estrampe » Broderie de cheveux sur trame coton, 715 x 625 mm, 2016.


Du plan de Raoul Lem, j’ai prélevé la courbe du Port de la Lune, deux fois, avec et sans les infrastructures de l’époque. J’y ai ajouté la partie d’une autre carte, représentant les îles de Garonne. Le nom « Estrampe » né d’une erreur. J’ai entendu parler de l’estran, qui est la zone de terre à découvert durant la marée basse, mais j’ai noté « estrampe ». L’Estrampe est une proposition de carte sentimentale, d’un lieu qui devient fictionnel, qui devient un motif organique inédit, composé d’éléments de figuration du réel.


Une broderie de cheveux réalisée sur une toile Aïda en coton blanc, une trame. Le cheveu comme emprunte émotionnelle de l’Être, imputrescible kératine humaine, grenier d’informations génétiques. Des lignes réalisées avec les cheveux de Sarah, Pauline, Océane, Pauline dit Mermaid, Monia, Henri et les miens. Certains sont teints, d’autres pas. Toutes ces personnes qui me donnent leurs cheveux coupés ou perdus, vivent à Bordeaux et ont un attachement particulier au fleuve qui traverse la ville.


J’utilise également des mèches de cheveux achetées dans un magasin de produits capillaires. Ces postiches colorés destinés aux femmes occidentales, proviennent des temples indiens, au bord du Gange. Les femmes y prennent grand soin de leur chevelure, les plus modestes d’entre elles se font raser la tête au temple, lors d’un rituel, pour donner de l’espoir à un souhait. Ces masses colossales de cheveux de haute qualité sont achetées, transportées, lavées, traitées, brossées, colorées, lissées, montées en rajouts ou en perruques et conditionnées par des entreprises spécialisées.
Il y a du sentiment dans une mèche de cheveu. Le cheveu est sensible. La chevelure est une parure. Pourquoi porte t’on autant d’attention aux cheveux, à la chevelure ? Cette importante frivolité, cette essentielle preuve d’amour, ce signe ostentatoire de soin, de féminité, de jeunesse et de santé.


Les cheveux ainsi glanés sont bruns, châtains, blonds, rouge, rose, bleus, verts, violets, noirs. En alternant les couleurs, je cherche à représenter l’irisation provoquée par les nappes d’huile, à la surface de l’eau. L’eau est cruciale, essentielle à la vie. Elle est mouvante, alternativement calme et tempétueuse. Le niveau de l’eau monte, son tracé change. « Be water » disait Bruce Lee.


Dans la boîte, je dépose une autre broderie de cheveux. « LB16 » au format de la boîte. Il s’agit de mes initiales accolées à la date de réalisation avec mes cheveux. Je signe rarement mes productions mais quand je le fais c’est ainsi, LB + l’année. Elle est prise en sandwich entre le tracé de la Garonne telle que la carte nous le propose et le dessin d’un enfant de 5 ans, confronté, lors d’un atelier, à une autre de mes pièce « Garonne » : le tracé du fleuve en filets de plastique rouge tressés, qui mesure 10 m de long. Ces deux motifs sont réalisés en cheveux rouges, les cheveux achetés.

 

 

2015

Je brode un à un, les cheveux que mon entourage et des personnes que je rencontre, me donnent. Ces cheveux constituent ma palette de couleur. Nous vivons au bord de l’eau. Le cheveu est sentimental. La carte peut l’être. Le cheveu est à la fois délicat_ dans tous les sens du terme_ et imputrescible. Il est pulsionnel aussi. Ici, j’utilise ce que produit le corps humain. Nous les perdons.
Cette perte permet à d’autres de pousser, la plupart du temps. Les indiennes prennent grand soin de leur chevelure. Il arrive que les plus modestes d’entre elles, la sacrifient lors d’un rituel de rasage au temple, dans lequel elles fondent l’espoir d’un quotidien meilleur. Ces tonnes de cheveux de très haute qualité servent à confectionner des perruques. Le Gange est né de la chevelure de Shiva. Vivre au bord de l’eau. Observer le fleuve, son flux. Contempler les mouvements de marées et l’horizon de l’océan atlantique. Voir les reflets des hydrocarbures à la surface de l’eau. Utiliser différentes teintes de cheveux. Avec ces cartes, je représente les trajectoires de l’eau et le contour des côtes mais en l’absence de signe, de mots, d’échelle, de donnée ou de rose des vents, cela pourrait être autre chose. Je confectionne à la manière des peuples premiers et des petites mains une combinaison qui nait d’un dialogue entre les matières : les cheveux et une toile Aïda, utilisée par les brodeuses, blanche, la trame. Terme polysémique, qui au sens étymologique renvoie à ce qui coule et glisse au-delà. La répétition d’un geste qui tend à lier, à provoquer l’altérité, à réconcilier l’homme, en exil de lui-même, comme faisant partie d’un tout.

 

2014

J​e brode mes cheveux _​pulsionnels​ et imputrescibles_ le fading de la cellule vivante, la trajectoire de l'eau de Gascogne, ​la danse de l’abeille frétillante ​et celle du Gulf Stream. Lundi marche avec moi.

Je confectionne à la manière des peuples premiers, des combinaisons, des objets qui naissent d’un dialogue avec la matière. Ainsi j’utilise les trajectoires de l’eau et ce que je connais de ceux qui vivent au bord de celle-ci. Tout est en progress perpétuel. Des gestes qui tendent à lier, combiner, à provoquer l’altérité, à réconcilier l’homme comme faisant partie d’un tout.

« Oui, je pleure la mer dont l’exigeante beauté l’emporte sur celle de mes paroles, trop humaines. Et j’oublie le beau des vies. La vie à la mer parvient vite à l’œuvre d’art parce qu’habiter cette part de la Biogée inhabitable demande un retournement du corps et de l’âme qui peut convertir le marin au divin. » extrait de Biogée, Michel Serres.

Le naufragé a pris la mer, a dérivé et puis a échoué. Choisir de rester et s’adapter ou affronter à nouveau l’océan. L’émergence de la pensée naît de la déchirure.
Vivre sur un bout de terre entre l’océan et le fleuve, vivre au bout du continent.
Que reste-t-il après le naufrage ?

Lucie Bayens

 

 

Contact : luciebayens@gmail.com